Premières étapes

Canards plongeurs en déclin

mi- octobre 2019

En vedette dans R4R

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Pleins feux sur le fuligule milouinan et le fuligule à tête noire


Le fuligule milouinan s’est maintenant joint au fuligule à tête noire (dans la région depuis le début septembre) pour faire escale sur quelques-uns de nos plus grands lacs. Les deux fuligules sont en route pour leur aire d’hivernage et se ressemblent beaucoup (le fuligule milouinan est à gauche); on les distingue par de légères différences dans la dimension de la tête et la forme du bec (le fuligule milouinan a une tête plus ronde et un bec plus large).  Le plumage d’hiver du mâle est assez différent de celui qu’il porte pendant la saison de reproduction, d’un noir, gris et blanc spectaculaire. La femelle a un plumage plus brunâtre et une tache pâle au-dessus du bec. Le fuligule est un canard plongeur, et le fuligule à tête noire représente la plus grande population de ces oiseaux en Amérique du Nord. 

 

Malgré son importance démographique en Amérique, le fuligule est en déclin. De 1978 à 2007, le fuligule milouinan et le fuligule à tête noire sont passés d’une population de 6 millions d’oiseaux à 3,5 millions d’oiseaux. Avec trois espèces de macreuse (à front blancnoire, et brune), le fuligule milouinan et le fuligule à tête noire sont les seules espèces communes de canard en Amérique du Nord à enregistrer une baisse démographique depuis 1987. Chercher à découvrir pourquoi, c’est entreprendre une étude fascinante sur le fonctionnement de la science qui nous permet d’apprendre que tout, bien sûr, est lié.

Un article sur ce phénomène est paru en 2007 dans une revue publiée par Canards Illimités. Nous reproduisons ici les grandes lignes du texte, intitulé Le mystère Fuligule Grande                                                                                                     

 

Le fuligule en migration fait désormais escale en grands nombres dans la région des Grands lacs pour se nourrir de la moule zébrée, une espèce invasive. La moule renferme de grandes concentrations de toxines, y compris du sélénium, un élément chimique qui, en grandes quantités, peut entraîner des malformations ou la mortalité chez le caneton et des problèmes de santé chez l’adulte. Des études préliminaires ont démontré que le fuligule absorbe et emmagasine du sélénium en consommant des moules zébrées.     

 

Alerte à l'envahisseur!

La moule zébrée a fait son entrée au Canada comme passagère clandestine des eaux de ballast dans les cales de navires venues d’Europe et d’Asie qui circulaient dans le fleuve Saint-Laurent.  Les Grands lacs offraient l’habitat idéal pour la moule zébrée qui s’y épanouit à un point tel qu’elle est désormais l’une des dix espèces aquatiques les plus invasives en Amérique du Nord. Mais comment un si petit mollusque peut-il causer tant de dommages? Pour comprendre, il faut savoir qu’une moule zébrée peut pondre un million d’œufs dans l’espace d’un été. Cette productivité remarquable mène à la création d’immenses colonies de moules zébrées qui ne tardent pas à faire concurrence aux moules indigènes, lesquelles finissent par être étouffées. Toutes ces moules ont beaucoup d’appétit, et leur technique d’alimentation par filtration est tellement efficace qu’elles finissent par éliminer la quasi totalité du plancton dans la colonne d’eau. Non seulement cette situation a-t-elle un effet important sur les réseaux alimentaires indigènes, mais la transparence accrue des eaux qui en résulte crée les conditions idéales pour des problèmes d’écosystème tels la formation de floraisons d'algues toxiques. La moule zébrée se répand quand sa larve microscopique, dite larve véligère, réussit à s’infiltrer dans le vivier d’un bateau. Ainsi, tout comme on nous conseille de ne jamais prendre à bord des gens qui font de l’auto-stop, pensez à prendre quelques précautions très simples la prochaine fois que vous irez sur l’eau. Vous veillerez à la sûreté des habitats aquatiques en empêchant la moule zébrée de se rendre à une nouvelle destination!

Cela dit, des études menées dans des lieux de couvaison, dans les forêts boréales et les espaces verts de l’Ouest, ont montré que les concentrations de sélénium trouvées dans des œufs de fuligule étaient en deçà des niveaux critiques, et la plupart des œufs en observation sont éclos. Les femelles étudiées aux lieux de couvaison avaient une concentration de sélénium moins élevée que celles que l’on a échantillonné dans des aires d’hivernage et de reproduction. Comment cela se fait-il?                                                  

Des chercheurs étudiant des oiseaux en captivité ont conclu que la femelle nicheuse éliminait rapidement la plupart du sélénium qu’elle avait absorbée dès qu’on ne lui donnait plus de nourriture contaminée. Il semblerait que les lieux de couvaison ne sont généralement pas contaminés par le sélénium; pour cette raison, il est probable que les oiseaux ayant des niveaux élevés de sélénium au moment d’atteindre la halte migratoire aient réussi à en éliminer suffisamment au moment de pondre leurs œufs. Le sélénium n’entraverait donc probablement pas la reproduction du fuligule. Or, les chercheurs ne savent toujours pas si c’est la contamination au sélénium qui empêche certains oiseaux de se rendre aux lieux de couvaison ou à ne pas se reproduire une fois sur place. Il s’agirait là d’oiseaux qui passent l’hiver dans des zones contaminées.

Les terres humides ne disparaissent pas toujours sous l’effet des changements climatiques : parfois, elles se réchauffent plus tôt au printemps et atteignent une température plus élevée en été. Selon des recherches menées à ce sujet, une telle variation affecte le type et le nombre d’invertébrés qu’accueillent les terres humides, et ceux que préfèrent manger le fuligule femelle et juvénile s’y trouvent désormais en moins grand nombre. Ce changement pourrait de ce fait ralentir la croissance des canetons et entraver le développement des plumes d’ailes des jeunes et des femelles s’étant reproduites, ce qui pourrait réduire le taux de survie du canard lors de son parcours migratoire.                                                   

Depuis, les scientifiques se sont intéressés aux lieux de couvaison eux-mêmes et ont découvert une tendance inquiétante. Dans les forêts boréales d’Alaska et de Sibérie, les terres humides disparaissent — dans certains cas, on assiste à l’assèchement de zones entières. Ces pertes ont été associées au changement climatique, un phénomène qui, semble-t-il, aurait rompu le sceau qui entoure le pergélisol. Ce sceau retient l’eau que contiennent les terres humides et les lacs; sans lui, l’eau est absorbée dans le sol. Or, des chercheurs qui se penchaient sur plusieurs lieux de couvaison d’importance situés en Alaska ont constaté que 25 pour cent des terres humides que contenait cette région sont disparues depuis 1950, et surtout au cours des 20 dernières années. Aucune recherche n’a encore été menée au Canada sur ce changement d’habitat dans les lieux de reproduction du fuligule, mais les conclusions pourraient être les mêmes.     

Il est également possible qu'une diminution du piégeage a augmenté les populations de prédateurs des fuligules dans certaines régions. De toute évidence, l’histoire du fuligule n’est pas terminée, et il s’agit sans doute d’un oiseau à surveiller de près. 

 

D’autres événements à ne pas manquer


  • Selon le Rapport sur les couleurs automnales de Parcs Ontario, nous sommes bien avancés dans de nombreuses régions de la province. Sortez et observez ce qui se passe pour les feuilles dans votre école (voir Processus vedette du début Octobre). Les arbres qui sont obstinément vert peuvent être non-native, et toujours liée à des motifs longueur du jour de leurs bioregions indigènes (par exemple, l'érable de Norvège, le nerprun cathartique).          
  • La petite nyctale passe par notre région en route pour son aire d’hivernage, et des chercheurs auront l’occasion de baguer ces petits hiboux dans le cadre d’une recherche menée à l’Université Trent afin d’en soir plus sur l’usage qu’ils font de l’habitat et leur profil de migration. Pendant la nuit, l’équipe installera un filet fin en formant un motif de losanges et placera un magnétophone au milieu qui passera des cris de hibou. Les filets seront vérifiés aux demi-heures, et tous les hiboux qui s’y trouvent seront dépris, pesés, mesurés et bagués. Cette année, un des hiboux bagués près de Bobcaygeon a été repéré à Port Hope, à 60 kilomètres au sud, à peine deux heures et demie plus tard. Pour réaliser cet exploit, il aura voyagé à une vitesse moyenne de 24 kilomètres l’heure! L’équipe a également repéré des individus venant d’aussi loin que le Wisconsin, le Manitoba, la Virginie et Thunder Bay.                                                                                                              
  • Le garrot à œil d’or et le garrot albéole, la buse pattue et même l’aigle royal arrivent dans la région, alors même que partent l’urubu à tête rouge, l’épervier de Cooper et la sturnelle des prés. La paruline à croupion jaune, voltige toujours dans nos arbres. Notre mangeoire à colibris n’est plus tellement fréquenté, alors notre colibris à gorge rouge male, qui a monté la garde avec grande vigilance tout l’été durant, est parti lui aussi. Suivez la migration du colibri au site Journey North.                                                                                                             
  • Il se peut que vous entendiez encore ces temps-ci des insectes qui bourdonnent– le moustique du genre Culex est encore un peu actif. Celui-ci passe l’hiver au stade adulte et a besoin de sang pour survivre. Des volontaires?
    Enfin, il se produit dans nos lacs ces temps-ci un phénomène invisible mais remarquable. À mesure que refroidit l’eau de surface, la température de celle-ci approche celle de l’eau des profondeurs. La différence de température, au printemps, avait provoqué un mouvement de séparation de l’eau. Le refroidissement provoquera un nouveau mouvement l’eau de surface et des profondeurs que l’on nomme brassage automnal. Ce mélange transportera de l’oxygène jusqu’aux profondeurs et des éléments nutritifs à la surface. Le brassage se poursuivra jusqu’à la formation des glaces, quand l’apport d’oxygène cessera jusqu’à la fonte au printemps.                                                                                                        
  • Le 22 octobre est la date pour les Orionides. Les météores des Orionides sont issues des débris que la célèbre comète de Halley éparpille sur son parcours. On devrait en compter pas moins de 15 à 20 par heure!                                                                                      
  • Mercure rejoint Vénus et Jupiter au sud-ouest une fois le soleil couché, mais ce sera difficile à voir.